Inside America - Fr


Relativité
mai 7, 2008, 1:12
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L’Amérique est-elle en récession ou pas ? La question anime les spécialistes depuis des mois, avec toujours la même conclusion unanime : “on ne pourra l’affirmer que quand elle sera passée”. Alors à défaut d’avis d’expert, on interroge la rue. Mais là aussi, la conclusion des micro-trottoirs est toujours la même : “Madame Baxter est sûre d’une chose : il est de plus en plus difficile de boucler les fins de mois !”. Cela fait 40 ans que Madame Baxter trouve qu’elle ne gagne pas assez bien sa vie. Mais aujourd’hui, le pétrole augmente plus que d’habitude, et il paraît qu’on spécule sur le prix du maïs. Alors c’est sûr, aujourd’hui, Madame Baxter doit être victime de la récession.

Je ne sais pas si l’Amérique entre en récession, mais les Américains entrent en dépression nerveuse. Sondé semaine après semaine sur la hausse du prix de l’essence et la baisse de son pouvoir d’achat, le consommateur américain a fini par craquer comme s’il souhaitait en finir avec cet interrogatoire musclé : “oui j’avoue ! l’essence est plus chère et je vais devoir ralentir sur les doughnuts !”. Il l’a dit ! Ouf ! Vous voyez bien qu’on est en récession alors !

C’est bien ma veine. J’avais quitté la France “en crise” à 1,20 euro le litre de super, et me voilà pris dans la “récession” à 0,67 euro le litre à la pompe américaine. Pas de bol. C’est quoi le prix de l’essence à Pékin ?



Idée reçue
mai 2, 2008, 1:40
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Voilà une étude que l’on se gardera sans doute de médiatiser en France : le secteur médical privé est deux fois plus important en France qu’aux USA ! J’ai dû relire cette information à plusieurs reprises pour le croire mais les chiffres sont impitoyables : le privé représente 21% de la capacité hospitalière française contre seulement 12% aux États-Unis. Pour autant, le système américain continue de laisser de côté des millions de personnes tandis que la France se maintient en tête des nations les mieux soignées selon les critères de l’OMS.

Faut-il en conclure que le privé fait mieux que le public en matière de santé ? Certainement pas. Mais cela devrait nous faire réfléchir sur la réalité des stéréotypes qui nous présentent l’Amérique comme une sorte de jungle ultra-libérale où il fait bon laisser les blessés au bord de la route. S’il faut craindre le système américain, ce n’est pas parce que l’accès des salles d’urgences y est majoritairement réservé aux porteurs de cartes bancaires. Le scandale américain est celui des assurances et des lobbies de l’industrie pharmaceutique qui font payer à prix d’or les prescriptions… du système public !

Les démocrates - Clinton et Obama réunis - entendent bien le faire entendre lors des prochaines élections présidentielles. Hillary Clinton parle même de couverture médicale universelle. Une CMU à l’américaine en sorte. Aurait-elle passé trop de temps en Corèze avec Bernadette Chirac ?



La saison continue !

J’ai été très déçu en Janvier lorsque Fox a annulé l’ensemble de la nouvelle saison de “24 heures” en raison de la grève des auteurs. Les aventures de Jack Bauer et ma dose d’adrénaline du lundi soir allaient me manquer. Mais je me rends compte maintenant que c’était là une façon de penser typiquement française. En Amérique, on a toujours l’imagination et les ressources pour remplacer une série haletante par une série encore plus haletante : la primaire des élections présidentielles.

Le casting est fantastique, avec de grands acteurs comme une ancienne Première Dame soutenue par une étoile montante de la banlieue de Chicago et un véritable héros de guerre américain. Leur performance efface celle de presque tous les lauréats des Oscars du meilleur acteur depuis James Stewart en 1940. À l’époque, M. Stewart avait remporté un Oscar pour sa prestation dans “The Philadelphia Story”. Paradoxalement, le dernier épisode de la “Primaire Story” s’est également tenu à Philadelphie cette semaine. Le film de 1940 est une comédie romantique sur une presque-mariée (Katharine Hepburn) dont les plans se trouvent compliqués par l’arrivée simultanée de son ex-mari (Cary Grant) et d’un beau journaliste (James Stewart). Le remake non-officiel de 2008 n’est pas aussi romantique, mais les plans de la presque-présidente (Clinton) y sont également compliqués par son incontrôlable (presque ex-) mari Bill et le feu nourri d’un groupe de (pas si beaux) journalistes.

Le spectacle était sur le point de se terminer cette semaine. La presque-présidente devait se retrouver à court d’argent et de soutien, et la primaire de Pennsylvanie aurait dû être sa dernière apparition. Mais quelqu’un m’a dit un jour que l’on ne devrait jamais considérer un Clinton mort avant d’être enterré. Ce quelqu’un avait absolument raison. Avec une avance à deux chiffres sur son conurrent (9,9%, c’est presque 10), Hillary a remporté la primaire de Pennsylvanie la nuit dernière et prétend être à nouveau en piste, une fois encore. Et elle sort les armes! S’opposant au slogan d’espoir - Yes We Can! (Oui! Nous POUVONS le faire !) scandé par les supporters d’Obama, elle lance depuis la nuit dernière un slogan de réalisme - “Yes We Will! (Oui ! Nous ALLONS le faire !) - qui sera certainement aussi scandé dans l’Indiana au cours des prochaines semaines.

Chouette ! La saison continue!



Une communauté piétonne
avril 21, 2008, 1:04
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J’habite dans une «pedestrian-friendly community» : une communauté favorable aux piétons. Ces mots suffisent à expliquer l’un des plus grands fossé culturel entre Français et Américains. Dites à un Français que vous vivez dans une «communauté», il vous regarde avec des yeux ronds en pensant que vous êtes un adepte d’une sorte de secte recluse dans une région perdue de l’Utah. Dites-lui que votre communauté est «piétonne», et il pense que vous êtes sous l’influence d’un gourou prêchant de durs exercices physiques pour sauver votre âme. Mais nul ne comprendrait que vous vivez tout simplement dans un quartier qui entretient de large trottoirs pour permettre aux gens de marcher à l’abris des voitures.

Au nom de la «diversité sociale», le français a banni le mot «communauté» du vocabulaire politiquement correct en raison de sa référence au regroupement racial et aux ghettos. Les communautés sont plutôt appelées des quartiers - une façon de souligner la proximité géographique plutôt que la proximité sociale - même si tout le monde est conscient de ce que cela signifie, socialement, de vivre à Paris dans le 7ème arrondissement plutôt que dans le 20e.

Mais le plus surprenant pour les Français est sans doute la notion de “convivialité pour piétons”. Il faut vraiment vivre dans une ville comme Pittsburgh, qui donne rarement à ses habitants une chance de survivre plus de 15 minutes dans la rue en dehors de leur voiture, pour bien comprendre le concept. En effet, les trottoirs sont ici un luxe réservé à quelques quartiers. Mais ce qui est plus surprenant, c’est que même les heureux élus vivant dans des zones équipées de trottoir y ont rarement recours pour se promener. En quittant Paris pour ma communauté piétonne de Pittsburgh, ma première impression fut d’entrer dans un film de Spielberg où les enfants feraient du vélo sur les trottoirs tout en jetant les journaux dans les jardins. Mais après deux ans, tout ce que j’ai pu voir étaient quelques joggeurs munis d’un iPod ainsi que des promeneurs de chiens. N’ayant ni chien, ni inclinaison pour le jogging, je me retrouve souvent un peu gêné à me ballader dans le quartier en jeans et sans animal de compagnie!

Dernièrement, alors que je me rendais à pieds chez le coiffeur, un de mes voisins me croisant en voiture s’est arrêté à ma hauteur pour me “féliciter du courage de ne pas utiliser ma voiture pour aller faire des courses”. Il pense probablement que je suis un activiste écologique, adepte d’une sorte de gourou prônant le renoncement à la vie moderne ;-)



Incitation à la haine ?

Brigitte Bardot

Une Américaine, Chris m’a demandé aujourd’hui à quel point il était interdit de s’exprimer librement en France. La question m’a tout d’abord semblé terriblement offensante. Comment quiconque - fût-il américain - peut-il oser suspecter la France de faire offense au droit le plus élémentaire qu’offre la démocratie ? Dois-je rappeler à cette personne que mon pays est l’auteur de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ? Par prudence avant la charge, je m’enquiers tout de même de savoir ce qui l’amène à poser une question aussi saugrenue. Chris m’apprend alors que Brigitte Bardot est poursuivie par les tribunaux français pour avoir déclaré à propos de la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir et de l’abattage rituel de moutons son exaspération d’être “menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, et détruit notre pays en imposant ses actes”. Brigitte Bardot risque une peine de prison pour avoir déclaré cela. “Quel est donc ce pays où les tribunaux se mêlent de juger les opinions des gens ?” me dit Chris.

L’incitation à la haine raciale est punie par la loi en France, comme dans la plupart des pays Européens. Jusqu’à présent, j’ai toujours considéré que c’était un progrès dans la lutte contre le racisme. J’étais même convaincu qu’un pays respectueux des droits de l’homme comme les États-Unis devait s’être doté d’une loi similaire ! En fait, il n’en est rien. Si Chris a réagit de la sorte, ce n’est pas parce qu’elle est raciste mais qu’elle s’étonnait pour sa part qu’un pays respectueux des droits de l’homme comme la France ne se soit pas doté d’une loi similaire au Premier Amendement de la constitution américaine, qui protège avant toute chose la liberté d’expression et la liberté de culte des citoyens américains.

J’ai longuement réfléchis avant de conclure cet article et on pourrait débattre des heures sur l’ordre de priorité à donner entre lutte contre contre le racisme et défense du droit d’expression. Mais il me semble au final que la seule liberté d’expression possible est bien celle qui ne juge ni du contexte, ni du contenu. La loi française prétend modérer l’intention du propos avant tout (inciter à la haine raciale). Et c’est ce qui l’a rendait si utile à mes yeux. Mais le procès de Brigitte Bardot nous montre qu’elle finit bien par juger du propos en lui-même. Sa déclaration ayant été faite dans une lettre adressée au Président de la République, on peut raisonnablement douter de l’intention de Brigitte Bardot d’inciter Monsieur Sarkozy à haïr ses électeurs musulmans. Qui plus est, il n’est pas question de race dans la religion musulmane. Virtuellement, cela rend justiciable tout Français susceptible d’exprimer occasionnellement son exaspération à l’égard de telle ou telle pratique communautaire.

Alors oui : à quel point est-il désormais interdit de s’exprimer librement en France ?



Idéologie
avril 11, 2008, 10:34
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Depuis que Nicolas Sarkozy affiche ouvertement ses solides convictions pro-américaines, il semble que l’anti-américanisme n’ait jamais été aussi virulent en France. Non pas qu’il y ait plus d’anti-américains en France, mais parce qu’ils sont désormais forcé de s’exprimer publiquement, et d’élever la voix comme jamais auparavant.

Ainsi, alors que Sarkozy annonçait dernièrement son intention de renforcer la présence militaire française en Afghanistan, l’anti-américanisme faisait sa rentrée au parlement. Affirmant que la décision d’envoyer de nouvelles troupes (en plus des 2,000 soldats déjà engagés) était “davantage guidée par des motifs politiques que militaires”, l’opposition socialiste a appelé à voter une motion de censure contre le gouvernement. En d’autres termes, pour les socialistes français, on ne saurait imaginer d’autres raisons pour intervenir en Afghanistan que celle de simplement faire plaisir à l’Administration américaine… et faire plaisir aux Américains est suffisamment déshonorant pour justifier de renverser le gouvernement français! Il faut peut-être ajouter qu’il y a quelques années, les mêmes députés nous disaient que le seul combat légitime contre le terrorisme avait lieu en Afghanistan, non en Irak. De toute évidence pour eux, la seule position réellement “légitime” est celle qui consiste à rester le plus éloigné possible des positions américaines, quoi qu’il en coûte.

C’est une spécialité française que de ne pas traiter les vraies questions au nom de la défense d’une position idéologique. Il y a peut-être de bonnes raisons de ne pas s’engager davantage en Afghanistan. Mais le parti socialiste français aura préféré afficher sa posture idéologique anti-américaine de base plutôt que de débattre sur le fond du problème.

Bien sûr, avec une argumentation aussi pauvre, la motion contre le gouvernement a tourné court. “L’opposition nous accuse d’Atlantisme, une façon agréable de dire que nous sommes à la solde de George Bush. Chacun comprendra que leur objectif est de surfer sur l’un de nos travers les plus douteux: l’anti-américanisme primaire,” a répondu le Premier Ministre François Fillon aux parlementaires.

Soyons positif après tout. Un pays où le Premier Ministre reste populaire après avoir en conscience déclaré que l’anti-américanisme était un “travers” de ses citoyens doit être un pays réellement pro-américain en fait !



L’Ile d’Europe
avril 11, 2008, 4:41
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En allant voir les nouvelles de France sur France24 aujourd’hui, je suis tombé sur un indice qui pourrait aider à expliquer pourquoi si souvent, les Américains comprennent mal (pour ne pas dire pire) la pensée française : c’est qu’ils tiennent leurs informations des Anglais! Manque de chance, on ne peut imaginer plus éloigné de l’Europe continentale que le Royaume-Uni.

Un récent sondage réalisé par Harris Interactive et France24 demande aux Européens et aux Américains quel est le pays européen qu’ils croient être le plus influent dans l’Europe d’aujourd’hui. Sans surprise, l’Allemagne est considérée comme le pays leader par majorité des Européens interrogés. Mais ce n’est pas le cas pour les Américains, qui croient - à une écrasante majorité de 63% - que la Grande-Bretagne tient le leadership en Europe. Même les Britanniques eux-mêmes ne se considèrent pas comme leader, même si les résultats serrés nous laissent supposer qu’il doit être douloureux pour eux de l’admettre!

Oh ! Au fait. 68% des Français se prononcent en faveur de l’Allemagne plutôt que de leur propre pays comme leader européen. Mes amis américains bien attentionnés considéreront certainement que c’est l’habitude des Français de “battre en retraite”. Je préfère appeler ça “de l’ouverture d’esprit”. Mais nous serrons tous d’accord pour dire que ce n’est en tout cas pas “de l’arrogance” !!!

France24 Poll



StandardiZation
avril 6, 2008, 3:54
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Mon ordinateur s’est offert un petit lifting. Ce magnifique nouveau clavier tout plat est un bonheur pour les coussinets et pour les oreilles : silencieux, agréable au toucher et au design extrêmement discret. Mais voilà, c’est un clavier américain. J’ai bien tenté d’expliquer au vendeur que, le monde étant ce qu’il est, il devait certainement exister un modèle adapté aux natifs de langues barbares qui requièrent des caractères accentués pour s’écrire correctement, mais pas moyen d’obtenir un clavier français ou espagnol. “All keyboards are like that” me lance-t-il avec l’assurance du technicien qui vous fait douter d’avoir jamais touché un clavier dont les touches sont agencées dans l’ordre A-Z-E-R-T-Y. Petit renoncement à l’exception française, je paye donc sans plus discuter le clavier “universel” proposé. Le prix de l’universalité, c’est qu’il me faut maintenant écrire ce blog en multipliant les combinaisons de touches pour (option+E) éviter trop de fautes d’orthographe… D’un autre c (option+6) ôt (option+E) é, je n’ai plus (option+`+ A) à jongler entre QWERTY et AZERTY en passant du bureau à la maison, et cela suffit à mon bonheur.

L’assimilation fait son chemin. Après bientôt deux ans, on ne lutte plus pour trouver le clavier français, le lecteurs DVD compatible avec les normes européennes, le caméscope bi-standard PAL/NTSC, le séche-cheveux bi-voltage 110/220V, le thermomètre bi-graduation Fahrenheit/Celsius… et après quelques articles, me voilà donc totalement résigné à “Option+E” pour faire “é” …en attendant le prochain défi technologique !

Et dire qu’il va falloir tout re-changer quand on reviendra en France…