Inside America – Fr


Incitation à la haine ?
avril 16, 2008, 10:25
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Brigitte Bardot

Une Américaine, Chris m’a demandé aujourd’hui à quel point il était interdit de s’exprimer librement en France. La question m’a tout d’abord semblé terriblement offensante. Comment quiconque – fût-il américain – peut-il oser suspecter la France de faire offense au droit le plus élémentaire qu’offre la démocratie ? Dois-je rappeler à cette personne que mon pays est l’auteur de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ? Par prudence avant la charge, je m’enquiers tout de même de savoir ce qui l’amène à poser une question aussi saugrenue. Chris m’apprend alors que Brigitte Bardot est poursuivie par les tribunaux français pour avoir déclaré à propos de la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir et de l’abattage rituel de moutons son exaspération d’être “menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, et détruit notre pays en imposant ses actes”. Brigitte Bardot risque une peine de prison pour avoir déclaré cela. “Quel est donc ce pays où les tribunaux se mêlent de juger les opinions des gens ?” me dit Chris.

L’incitation à la haine raciale est punie par la loi en France, comme dans la plupart des pays Européens. Jusqu’à présent, j’ai toujours considéré que c’était un progrès dans la lutte contre le racisme. J’étais même convaincu qu’un pays respectueux des droits de l’homme comme les États-Unis devait s’être doté d’une loi similaire ! En fait, il n’en est rien. Si Chris a réagit de la sorte, ce n’est pas parce qu’elle est raciste mais qu’elle s’étonnait pour sa part qu’un pays respectueux des droits de l’homme comme la France ne se soit pas doté d’une loi similaire au Premier Amendement de la constitution américaine, qui protège avant toute chose la liberté d’expression et la liberté de culte des citoyens américains.

J’ai longuement réfléchis avant de conclure cet article et on pourrait débattre des heures sur l’ordre de priorité à donner entre lutte contre contre le racisme et défense du droit d’expression. Mais il me semble au final que la seule liberté d’expression possible est bien celle qui ne juge ni du contexte, ni du contenu. La loi française prétend modérer l’intention du propos avant tout (inciter à la haine raciale). Et c’est ce qui l’a rendait si utile à mes yeux. Mais le procès de Brigitte Bardot nous montre qu’elle finit bien par juger du propos en lui-même. Sa déclaration ayant été faite dans une lettre adressée au Président de la République, on peut raisonnablement douter de l’intention de Brigitte Bardot d’inciter Monsieur Sarkozy à haïr ses électeurs musulmans. Qui plus est, il n’est pas question de race dans la religion musulmane. Virtuellement, cela rend justiciable tout Français susceptible d’exprimer occasionnellement son exaspération à l’égard de telle ou telle pratique communautaire.

Alors oui : à quel point est-il désormais interdit de s’exprimer librement en France ?