Inside America – Fr


Rêves mondialisés
juillet 31, 2008, 11:27
Classé dans : Culture mondiale, Voyage | Mots-clefs: , , , ,

Ça y est ! C’est les vacances ! Je prends 10 jours en août. Une courte pause par rapport aux 3 semaines de vacances d’été que j’appréciais en France, mais une longue pause depuis que je suis devenu un travailleur américain. Je vais visiter le parc national de Yellowstone. Fantastique vie sauvage, geysers chromatiques, sources chaudes et piscines naturelles, l’Old Faithful… un rêve devenu réalité. Je me souviens avoir regardé des images et des documentaires sur cette région étant enfant, les yeux écarquillés. Le Far West! Quel pays!

Aujourd’hui pourtant, je me trouve beaucoup moins enthousiaste que je n’imaginais à quelques jours du départ. C’est comme si je retournais à un endroit déjà connu. J’ai vu tant de photos, de vidéos et lu tant de commentaires. La réalité sera-t-elle à la hauteur du rêve ?

Internet est un pourisseur de vacances. Oui, le voyage est plus facile et j’aime voir les photos d’un hôtel avant d’y réserver une chambre. Pas de surprise, c’est rassurant. Mais pas de surprise, c’est pas de surprise ! Pourquoi dépenser des mille et des cent pour aller prendre une photo alors que je suis sûr de trouver plus belle image sur le Web ?

Parcourir la planète à la vitesse de la lumière, faire du shopping mondial et “chatter” avec le monde est en train de changer nos vies. Pour le meilleur, cela contribue sans doute à mieux nous comprendre les uns les autres… et ceux qui font commerce en tirent certainement de plus grand profits ! Mais qu’en est-il de nos rêves ? Qu’en est-il de la “chose-typique-que-l’on-DOIT-absolument-rapporter-du-voyage-parce qu’on-ne-la-trouve-nulle-part-ailleur” ?

Quand j’étais à Paris en Juin dernier, j’ai acheté une bouteille de vin et une boite de foie gras en essayant de me convaincre que c’était “unique” et que je ne trouverai pas ces choses à Pittsburgh. Je sais que je me trompe. On trouve du vin français dans tous les magasin et le foie gras est juste 20 minutes plus loin en voiture. Mais je suis heureux qu’ils ne vendent pas les mêmes marques…

La chance de la France, c’est que tout y tourne autour de la nourriture et du bon goût. Et ce n’est pas si facilement exportable si vous l’aimez frais du jour ! Mais qu’en est-il de l’Amérique ? Le cauchemar commence à l’aéroport lorsque vous essayez de trouver un cadeau de dernière minute pour des amis vivant à l’étranger. Quelle est la “chose typiquement américaine” que vous devez acheter ? Je veux parler de LA chose que vous ne trouverez nulle part ailleurs ? Quelqu’un pour m’aider ? J’ai fini par acheter un T-shirt des Steelers – l’équipe de foot locale. Vraiment typique non ? J’avais bien pensé enregistrer des épisodes de Ugly Betty, Lost, NCIS ou Dirty Sexy Money, car ils étaient d’habitude diffusés en Europe des mois après les États-Unis, voire des années. Mais plus maintenant. Internet a changé tout ça et des amis français m’envoient désormais des spoilers des nouveaux épisodes téléchargés sur Internet avant que j’aie une chance de les regarder à la télé ici aux États-Unis !

Dans ma quête de trouver quelque chose de “typiquement américain”, j’ai commencé une collection de miniatures. Je veux dire de très petites reproductions de monuments américains. Vous savez. Le genre de trucs que les touristes achètent habituellement, et dont habituellement on se moque. J’ai déjà un Empire State Building de 2,5 cm de haut de New York, et un Capitole de 8 cm de large de Washington (c’est d’ailleurs assez bizarre quand je les mets côte à côte). Une collection risible certes, mais au moins je sais que je ne pourrais jamais trouver une miniature du Capitole à Paris. En regardant l’étiquette toutefois, je pourrais trouver sûrement un à Shanghai si je voyage jusque là…

Vivre dans un monde modèle réduit est fantastique. Mais je voudrais aussi que l’on puisse maintenir nos identités fortes et continuer de trouver du vin “typiquement français” en France et du fudge “typiquement américain” en Amérique. Remarquez bien que ce n’est pas la façon dont les affaires évoluent.

Pour ce qui est de mon prochain voyage à Yellowstone, les blogs de voyageurs et ma propre expérience d’expatrié m’ont en tout cas appris une chose: l’expérience est irremplaçable. Le sentiment combiné de grande chaleur et de rafraîchissement sur le Lac Powell l’an dernier n’était pas une expérience anticipée sur le Web, et j’ai rarement obtenu un “Waou” des enfants en leur montrant des photos sur mon ordinateur. Je m’attends donc à beaucoup de “Waous” à Yellowstone. Si ce n’est pas moi, je suis sûr que les enfants ne manqueront pas de “waous” au Old Faithful!

Je vous tiendrai au courant… et ne manquerai certainement pas d’ajouter un peu plus de photos-gâcheuse-de-vacances à propos de Yellowstone sur Internet !



14 Juillet
juillet 14, 2008, 8:38
Classé dans : Choc des cultures | Mots-clefs: , , ,

Je me souviens avoir choqué certains amis français en publiant une photo de ma fille sous un drapeau américain le jour de Memorial Day sur mon blog et en expliquant combien elle était fière de prêter allégeance au drapeau à l’école chaque matin (enfin, en tout cas elle est fière de réciter les mots!). «Elle subit un lavage de cerveau» pensait-on. Agiter le drapeau n’est pas très français. En général, nous laissons ça aux athlètes, aux supporters de foot et, bien sûr, aux militaires. En dehors de cela, seuls les fascistes, les racistes et les hommes politiques – toutes des personnes à qui vous ne voulez ressembler à aucun prix – se permettent outrageusement de se montrer avec un drapeau.

Eh bien, j’étais heureux de regarder mes enfants faire voler un drapeau français aujourd’hui sans être considéré comme un tel extrémiste, alors que nous célébrions “Bastille Day” – la fête nationale française en Amérique!

Mais ne nous y trompons pas: quel que soit le drapeau, les enfants aiment avant tout le voir voler. Et c’est toute la beauté d’être un enfant !



Ville Lumière
juillet 2, 2008, 11:00
Classé dans : Vie quotidienne | Mots-clefs: , , , , , , , ,

Je ne pouvais pas trouver meilleure image que celle-ci – la Statue de la Liberté en construction dans l’atelier de Bartholdi, rue de Chazelle à Paris en 1885 – pour exprimer à la fois à quel point Paris me manque et ma joie d’être de retour aux États-Unis. Un sentiment mêlé de bonheur et de nostalgie. C’est comme avoir deux maisons distantes de 6000 kilomètres, où l’on se sente aussi bien dans l’une que dans l’autre. Quelle chance! … et quelle torture!

Ces 10 derniers jours passés dans ma ville d’origine étaient délicieux. Je voyageais pour le boulot et j’ai eu peu de temps pour profiter de la ville, mais la simple odeur de l’air chaud expulsé par la ventilation du métro parisien était suffisante à me faire sourire. Je n’ai pas été à Paris au cours des 18 derniers mois. Mais à part quelques nouveaux gratte-ciel à La Défense et un lot de nouvelles pistes cyclables un peu partout, la ville est à peu près la même. “L’esprit parisien” ne m’a pas paru changé. Le même conducteur en colère que j’avais laissé derrière moi il ya 18 mois était toujours là pour m’accueillir avec le même juron. Il est toujours aussi difficile d’obtenir un taxi et une fois qu’on en a un, le conducteur se plaint toujours qu’il n’a pas assez de clients pour faire sa journée. Amis et collègues n’ont pas beaucoup changé non plus. Accablés par le travail, se plaignant de l’état de l’économie et d’une vie stressante, tout en planifiant leur prochain “RTT” et leurs trois semaines de vacances d’été. Mais alors que nous allions diner au Saut du Loup – une terrasse au milieu du Jardin des Tuileries avec une magnifique vue sur le Louvre et la Tour Eiffel – je pouvais sentir leur incompréhension. Leurs bouches parlant de vie difficile, pendant que leurs yeux m’interrogeaient: “comment peut-on vouloir quitter tout cela pour l’Amérique ?”.

J’aime Paris pour cela. Quelle que soit la difficulté de vivre, la ville vous gonfle le moral par sa beauté et ses habitants. Un coup d’œil à la Conciergerie (une ancienne prison où des centaines de prisonniers ont été guillotinés pendant la Révolution) rend risible vos pires problèmes. Et le juron du conducteur en colère vous donne l’énergie nécessaire pour aller de l’avant. On dirait qu’insultes et jurons sont une manière pour les Parisiens de vous dire “je suis comme toi: je travaille dur et de la vie n’est pas aussi facile que je m’y m’attendais, mais je suis ici, et je compte dans ton monde comme tu comptes dans le mien.” Oui. Je pense que les gros mots parisiens sont souvent des mots de compassion. Il faut apprécier la modulation tonale pour faire la différence entre la colère et la compassion, c’est tout !

De retour à Pittsburgh, je sais que je ces moments magiques et l’atmosphère parisienne vont me manquer. Mais je vais me délecter d’une ville sans conducteurs en colère, où ce que l’on se dit est généralement ce qu’on pense vraiment, où les enfants sont servis en premier au restaurant, et où on peut demander un doggy bag sans être jugé radin ! Sans aucun doute, Pittsburgh est un bon endroit pour élever une famille!