Classé dans : anti-américanisme | Mots-clefs: Barack Obama à Strasbourg, Europe-USA, Nicolas Sarkozy, OTAN, Strasbourg

Il y a 64 ans, ma mère a vu les américains libérer Strasbourg, ma ville natale. Aujourd’hui, elle n’est pas peu fière que Strasbourg se soit montrée à la hauteur de la visite du président américain, en lui réservant un accueil des plus chaleureux. Elle a vu s’effondrer les frontières sur le Rhin, et elle était fière aussi de voir cette semaine les alliés de l’OTAN se retrouver sur le Pont des Deux Rives qui matérialise la frontière oubliée.
Maman m’a téléphoné aujourd’hui pour s’assurer que je n’avais rien manqué de l’événement. Mais elle voulait surtout s’assurer que les médias américains n’avaient pas mis trop d’emphase sur les manifestions anti-OTAN qui se sont déroulées en marge du sommet. “Juste quelques idiots et des casseurs” me dit-elle comme pour s’excuser. C’est sa ville, elle en est fière, et elle a honte.
Et c’est vrai qu’au delà de l’accueil très positif des Strasbourgois, la périphérie de la ville a également été le théâtre de manifestations violentes contre l’Alliance Europe-USA, contre le capitalisme, contre la mondialisation. A mots couverts: contre l’Amérique. Ces manifestations ne sont pas spécifiquement françaises. Elles sont devenues habituelles à l’occasion de la plupart des grandes rencontres internationales. Elles furent violentes à Londres pour le G20, comme pour tous les derniers “G”. Mais vu des Etats-Unis, elles prennent un écho particulier lorsqu’elles se tiennent dans le pays considéré comme chef de file de l’anti-américanisme en Europe. C’est une idée reçue (les sondages montrent que le sentiment anti-américain est plus fort en Allemagne et en Espagne), mais reconnaissons que la classe politique française est particulièrement prompte à la propager.
En montrant respect et considération pour la culture européenne, Barack Obama vient saper le fondement de l’anti-américanisme français. Mais, celui-ci semble désormais s’alimenter de l’attitude pro-américaine que Nicolas Sarkozy affiche en retour. Le président des Etats-Unis étant trop populaire en Europe, l’anti-américanisme se mue en “anti pro-américanisme”. On ne critique plus le président américain, mais les décisions pro-américaines du président français. Question de rhétorique.
Il faudra sans doute plus d’un discours comme celui que Barack Obama a prononcé à Strasbourg en réunion publique pour sortir de cet antagonisme stérile. Il faudra aussi que les médias prennent le parti d’en diffuser l’intégralité : dans l’extrait du discours retranscrit ci-dessous, les média français n’ont souvent repris que la première partie, tandis que CNN passait en boucle la seconde. Malheureusement, les “antis” de tous bords ont de beaux jours devant eux …
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“En Amérique, il y a une difficulté à apprécier le rôle majeur que tient l’Europe dans le monde. Au lieu de célébrer le dynamisme de votre Union et de rechercher un partenariat avec vous pour relever nos défis communs, il y a eu dans le passé des périodes où l’Amérique s’est montrée arrogante, méprisante, et même moqueuse.”
Mais en Europe, il y a un anti-américanisme qui est à la fois désinvolte, mais aussi insidieux. Au lieu de reconnaître le bien que l’Amérique apporte si souvent dans le monde, il y a eu des périodes où les Européens ont préférer montrer du doigt l’Amérique comme source de tous les maux.”
“Laissez-moi dire cela aussi clairement que possible : L’Amérique est en train de changer, mais l’Amérique ne peut être la seule à changer.”
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6 commentaires jusqu'à présent
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C’est juste ce que tu écris, Mon Cher Jean, il me semble qu’il s’agit essentiellement de désynchronisation, la notion de changement entre les deux bords de l’atlantique ne se fait pas dans les mêmes temps. Un temps court d’une part, pour une nation qui a 3 siècles d’existence, et qui est capable de passer du blanc mystique guerrier obtu au noir conciliant et réformateur en quelques années et un temps long d’autre part arcbouté sur son histoire agitée et fratricide.
Donc oui, une certaine circonspection, qui aux extrèmes, devient de “l’anti” : le passé s’oublie vite d’un côté pour regarder le futur, de l’autre, il s’intègre et mature dans le chemin d’une longue histoire, ce qui peut sembler ralentir la progression.
J’y vois même différence qu’entre un recueil de 12 nouvelles et qu’un roman de 12 chapitres : ce sont tous deux des livres pourtant.
Voili, Voilà, l’affligeante logique de tout cela est que peut être l’extremisme de l’un dans une période très récente se traduit par l’extremisme de l’autre que tu constates actuellement : pourrions nous appeler cela l’effet boomerang ?
Mille et une pensées affectueuses,
Commentaire par Lulu avril 6, 2009 @ 4:54PS : en ce qui me concerne, je reste toujours circonspect du fameux “vous êtes avec nous ou contre nous”. Cela semble peut être un peu daté, (1er mandat du blanc) à l’échelle de l’histoire humaine cependant, cela est très court pour un président qui a été élu presque au suffrage universel.
Commentaire par Lulu avril 6, 2009 @ 2:45“Le passé s’oublie vite pour regarder le futur” en Amérique ??? Il me semble que ceux qui ont la mémoire courte dans cette histoire, ce ne sont pas les Américains !
Si tu n’as rien à faire le 6 juin, je crois que Barack va venir aider à “maturer et intégrer” notre longue histoire quelque part en Normandie. Avec l’espoir que les extrêmes ne vireront pas trop à “l’anti” ce jour là.
Commentaire par Jean avril 6, 2009 @ 7:52Je ressens un agacement … une des questions que je me pose, c’est ce qui justifie dans le monde actuel une réaction aussi extrême des anti : il me semble facile de la décrier sans se poser la question de son fondement… Maturer et intégrer, cela semble te choquer, et pourtant depuis les 8 dernières années, ces verbes ont été oubliés de ce côté de l’atlantique, d’un point de vue diplomatique, économique et social.
Commentaire par Lulu avril 8, 2009 @ 4:26Le 6 juin, j’aurai à faire : à remercier surtout le peuple américain d’avoir envisagé enfin un autre modèle, enfin, j’espère.
Si ce n’est le cas, les anti seront là pour nous le rappeler dans les prochaines années.
Point d’agacement mon cher Lulu. Juste la constatation que le “processus d’intégration et de maturation” peut être extrêmement sélectif. “De ce côté de l’Atlantique”, je perçois la grande qualité de voir les choses en face, même les plus déplaisantes, et de chercher à y remédier (quitte à ce que ce soit parfois pour le pire il est vrai). George W. Bush n’était même pas sorti de la Maison Blanche que Oliver Stone tournait déjà W. “Milk” sort en plein débat sur l’union gay. Et envoyer des menaces de mort aux dirigeants d’AIG pour leurs bonus extravagants n’empêche pas par ailleurs de ce sortir les doigts du c. pour tenter de sortir de la crise.
Commentaire par Jean avril 8, 2009 @ 6:48“De l’autre côté de l’Atlantique”, il y a une grande sagesse à mesurer l’événement dans toute son histoire. Mais on attend toujours un vrai débat (populaire, et non pas limité à la sphère des “sachants”) sur Vichy, l’Algérie et l’Indochine. On se prend à considérer la non-révélation des abus de pouvoir de Mitterrand durant son mandat comme du respect de la vie privée. Quand au fait économique, c’est un peu “à moi les miettes tant qu’il en reste”. Et pour en revenir à Strasbourg et à l’OTAN, on préfère caresser l’illusion que De Gaulle a oeuvré pour l’indépendance nationale en claquant la porte, plutôt que de reconnaitre 60 ans plus tard, qu’il nous a privé d’une meilleure entente avec nos voisins immédiats (qui, oui, préfèrent compter sur les américains que sur les français pour leur défense … on se demande pourquoi!) et nous a éloigné de toute prise de décision influente sur la réalité de la paix dans le monde. Résultat, on créer des “Antis” en agitant le principe d’indépendance nationale … et dans les faits, on participe à toutes les guerres en étant heureux de savoir qu’on aurait pu dire “non”. Ceci, oui, est agaçant. Au passage : les Allemands, comme les Espagnols, sont dans l’OTAN, et ne sont pas en Irak.
Ok d’ac, mon cher Jean, en toute sincérité, mon propos ne vise pas à démontrer la supériorité de l’un par rapport à l’autre, ce serait entrer dans le débat de “vous êtes pour ou contre nous”, qui explique d’ailleurs à mon humble avis les réactions actuelles des “anti” : qui sème…
Commentaire par Lulu avril 9, 2009 @ 3:36Le question qui à mon sens reste posée est à nouveau le “pourquoi” : pourquoi donc “l’antiaméricanisme” est il aujourd’hui si fort dans le monde ? (source : une étude parue il n’y a pas si longtemps de cela dans un journal dont j’ai oublié le nom, c’est maigre !)
Je vous embrasse tous les 4 bien fort, d’ailleurs, en ce qui nous concerne, nous allons, sur un dernier sprint quarantenaire agrandir la famille fin août.